Je ne vous dis rien de la Nouvelle Atala. Je l'ai avalée, il m'en souviendra! J'en ai eu le choléra-morbus pendant trois jours. Vous en verrez l'analyse un de ces jours dans votre journal.

Bonsoir, mon cher camarade; je vous embrasse de tout mon coeur. Écrivez-moi plus souvent et quand même vous seriez de mauvaise humeur, n'ai-je pas aussi mes jours nébuleux? Quand je serai cheux nous, c'est-à-dire le mois prochain, si vous vous ennuyez, vous viendrez me voir. Nous mettrons nos deux ennuis ensemble et nous tâcherons de les jeter à l'eau, pour peu qu'il y ait de l'eau.

Je ne vous dis rien de votre affaire d'honneur. Êtes-vous assez bête! je me réserve de vous laver la tête; mais ne recommencez pas souvent ces sottises-là.

Adieu.—Bonsoir.—Embrassez pour moi votre chère mère et aimez-moi toujours un brin.

LXIII

A M. JULES BOUCOIRAN, A NOHANT

Paris, 9 mars 1831.

Mon cher enfant,

Je suis triste. De loin encore, on essaye de me faire du mal. Une lettre de mon frère, aigre jusqu'à l'amertume, contient ce qui suit: Ce que tu as fait de mieux, c'est ton fils; il t'aime plus que personne au monde. Prends garde d'émousser ce sentiment-là.

Il y a là bien de la cruauté. C'est me dire, qu'un jour je ne trouverai même pas la tendresse de mon enfant. Sans doute, s'il porte un coeur égoïste et froid, je dois m'y attendre. Mais il n'en sera pas ainsi, n'est-ce pas?