Paris, novembre 1831.

Ta lettre est bien gentille, mon cher petit; elle est fort bien écrite. Ne reste pas trop dehors par ce vilain froid, tu vois bien que tu t'es enrhumé. Quand tu es dans le jardin, cours, saute, ne reste pas à la même place. C'est comme cela que tu attrapes toujours du mal. Ta pie peut bien rester dans ton jardin, elle n'a pas peur du froid, ses plumes lui valent mieux que tes habits et tes pantalons. Nos petits bengalis sont plus délicats, ils viennent d'un climat chaud. Dis à Eugénie[1] d'en avoir bien soin.

J'ai été hier au Jardin des Plantes, j'aurais bien voulu pouvoir emporter pour toi une petite gazelle fauve avec des raies blanches et de grands yeux noirs. Elle mange dans la main, tu serais bien content d'en avoir une pareille; mais il faudrait la garder au coin du feu. Elles viennent de l'Afrique, et le moindre froid les tue. Au reste, tu les as vues; mais tu ne t'en souviens peut-être plus.

Je serais si contente de t'avoir ici quinze jours pour te faire courir partout avec moi.

Adieu, mon petit ami; je t'embrasse mille fois, ainsi que ta grosse mignonne. Fais-lui mettre des bas de laine tous les jours. Embrasse pour moi Léontine et Boucoiran.

[1] Femme de chambre.

LXXIX

A M JULES BOUCOIRAN, A NOHANT

Paris, 5 décembre 1831.

Merci, mon cher enfant. Je ne sais pas si je pourrai profiter de cette bonne occasion pour retourner à Nohant. Dieu veuille que mon éditeur me paye d'ici au 8 et que je puisse lui livrer les dernières feuilles de mon manuscrit. Alors je serais à Nohant bientôt. N'en parlez pas encore. Surtout n'en donnez pas la joie à mon pauvre Maurice; car il n'y a rien de sûr dans mes projets. Ils dépendent d'un animal qui, tous les jours, m'annonce le payement de sa dette, j'attends encore. Je voudrais qu'il me fît au moins une lettre de change pour les cinq cents francs à toucher trois mois après la livraison. Jusqu'ici, je ne tiens rien, et je ne voudrais pourtant pas avoir travaillé trois mois sans un profit raisonnable.