Adieu; je te presse sur mon coeur. Mes amitiés à ceux des tiens qui m'aiment, à ton brave homme de père.

Écris-moi ici à l'adresse du docteur Cauvière, rue de Rome, 71.

Chopin me charge de te bien serrer la main de sa part. Maurice et Solange t'embrassent. Ils vont à merveille. Maurice est tout à fait guéri.

CXCI

AU MÊME

Marseille, 23 mars 1839.

Cher ami,

Que de malheurs! quelle fatalité sur toi! sur moi, par conséquent! Mon coeur saigne de toutes tes douleurs; mais celle-là m'est personnelle aussi. Je l'aimais profondément, ton digne père, et je savais que j'avais en lui un ami au-dessus de tous les préjugés et de toutes les calomnies. Un grand coeur plein d'affections généreuses et nourrissant la foi de l'idéal.

Celui-là est de notre religion, n'en doute pas; nous le retrouverons dans une vie meilleure. Mais que celle-ci est longue et amère! quelle qu'elle soit, nous devons la supporter; nous avons des devoirs à remplir. Peut être la fatalité est-elle fatiguée de nous frapper. Lors même qu'elle ne le serait pas, il nous faut boire le calice jusqu'à la lie. Quoi qu'il arrive de ce misérable procès dont la sentence pèse sur ta tête, tu n'auras pas de lâche faiblesse, n'est-ce pas, Pylade, mon cher, mon meilleur ami?

Il faut que tu m'en renouvelles la promesse, que tu m'en fasses le serment. Je sais qu'il y a de quoi dépasser les forces humaines; mais, jusqu'ici, tu as eu des forces plus qu'humaines pour lutter. D'ailleurs, il y a encore un autre sentiment que le devoir, c'est l'amitié. Tu ne voudrais pas m'abandonner, moi qui ai encore tant d'années à souffrir, et qui n'ai trouvé jusqu'ici qu'une chose inaltérable, certaine, absolue, ton amitié pour moi, et la mienne pour toi.