Ce sentiment a été un Éden où je me suis toujours réfugiée, par la pensée, contre tout le reste, contre tout ce qui m'a blessée, trahie ou quittée. Malgré les malheurs qui t'accablent, il me semble toujours qu'une main providentielle te conduit vers moi pour que nos jours d'automne s'écoulent dans une sainte sérénité. Les liens les plus orageux, comme les plus paisibles, les plus funestes comme les plus sacrés, se dénouent ou se brisent autour de nous; c'est pour nous rapprocher sans doute.

A présent, qui pourrait nous désunir? Une horrible injustice de l'opinion, la perte de ton état, la honte, la misère? Non! ce seraient, au contraire, des choses qui hâteraient le terme de ton exil dans cette vallée de douleurs et d'iniquités pour te rapprocher de mon coeur.

Je te le répète, quoi qu'il arrive, souviens-toi que j'existe et que tu es la moitié de ma vie. Tu n'as pas besoin d'argent, tu n'as pas besoin de considération, tu as un asile contre la pauvreté, et une source inépuisable d'estime en moi.

Tu perds une famille, mais tu en as une autre qui t'attend, et qui désire ta venue.

Adieu; aime-moi comme je t'aime, tu pourras tout supporter!

Mes enfants t'embrassent tendrement.

CXCII

À MADAME MARLIANI, À PARIS

Marseille, 22 avril 1839.

Chère bonne amie,