A JOSEPH MAZZINI, A ROME

Nohant. 23 juin 1849.

Ah! mon ami, mon frère, quels événements! et comment vous peindre la profonde anxiété, la profonde admiration et l'indignation amère qui remplissent nos coeurs? Vous avez sauvé l'honneur de notre cause; mais, hélas! le nôtre est perdu en tant que nation. Nous sommes dans une angoisse continuelle.

Chaque jour, nous nous attendons à quelque nouveau désastre, et nous ne savons la vérité que bien longtemps après que les faits sont accomplis. Aujourd'hui; nous savons que l'attaque est acharnée, que Rome est admirable, et vous aussi. Mais qu'apprendrons-nous demain Dieu récompensera-t-il tant de courage et de dévouement? livrera-t-il les siens? protégera-t-il la trahison et la folie la plus criminelle que l'humanité ait jamais soufferte? Il semble hélas qu'il veuille nous éprouver et nous briser pour nous purifier, ou pour laisser cette génération comme un exemple d'infamie d'une part, d'expiation de l'autre.

Quoi qu'il arrive, mon coeur désolé est avec vous. Si vous triomphez, il ne m'en restera pas moins une mortelle douleur de cette lutte impie de la France contre vous. Si vous succombez, vous n'en serez pas moins grand, et votre infortune vous rendra plus cher, s'il est possible, à votre soeur.

CCC

AU MÊME

Nohant, 5 juillet 1849

Mon frère et mon ami,

Allons au fond de la question, puisque vous le voulez. Laissons de côté mon dégoût, et mon découragement, comme une situation toute personnelle qui ne prouve rien pour ou contre vos vues et moyens. J'avais à dessein omis, dans ma dernière lettre, de répondre à ce que vous me disiez de Louis Blanc, parce que je ne voulais pas en venir à vous parler de Ledru-Rollin. Je trouvais inutile de confier au papier des jugements qui, par le temps de police qui court, peuvent toujours tomber dans les mains de nos ennemis.—Mais, puisque vous y revenez, je vous dois de m'expliquer.