A présent, nous allons revoir nos grands horizons planes et notre végétation, mesquine auprès de celle de Chambéry; mais nous retrouverons notre chez nous, et vous savez que c'est toujours bon.

Ce que nous regretterons, ce sont les bons amis de Mer-Vive; mais nous vous attendrons avant ou après les vacances, ou l'hiver ou le printemps prochain.

J'aspire à être à Nohant, pour avoir des nouvelles de Maurice, bien certaine que, si vous en avez reçu après mon départ, vous me les aurez expédiées chez moi. Je vous donnerai encore des miennes quand j'aurais touché le port.

Embrassez pour moi tendrement la bonne Désirée et vos deux charmantes filles. Si vous rencontrez Mathéron, Nicolas et Rosine, dites-leur que nous nous louons d'eux. Grâce à votre bon choix, nous avons eu la satisfaction de n'avoir affaire qu'à des gens excellents, depuis les patrons jusqu'aux serviteurs. C'est une grande chose.

La mer était bien belle, Tamaris bien charmant, et, vous autres, vous étiez des anges gardiens pour nous. Je ne reproche donc au Var que trop de vent, trop d'oliviers et trop de poussière. Mais ce n'est la faute de personne et cela ne m'empêchera pas de lui garder un tendre souvenir.

Adieu encore, cher enfant, et à vous de coeur plus que jamais.

CDLXXX

A M. MAURICE SAND, A ALGER

Nohant, 8 juin 1861.

Nous sommes rentrés aujourd'hui à Nohant à cinq heures, et je vas très bien, mon cher enfant; je ne suis pas fatiguée, bien que la journée d'hier, de Lyon à Montluçon, soit longue et fatigante. On ne reste en chemin de fer que onze heures, mais on en perd trois à Moulins. N'importe, nous voilà. Nous avons couché à Montluçon et déjeuné avec le père Brothier, qui nous a beaucoup parlé de tes aquarelles. Il a été à Paris voir l'Exposition, et il a vu foule autour de tes petits Romains. Le Constitutionnel en parle avec éloge. C'est le seul article que j'aie encore trouvé sous ma main. Je te garderai ceux que je pourrai récolter.