Vous êtes bonne comme un ange de m'avoir donné cette bonne nouvelle. Ah! pourvu qu'ils arrivent sans accident! Enfin je compte sur vous pour nous porter bonheur, comme toujours. Oui, je vous attends le 24, avec tous ceux de vos enfants que vous voudrez m'amener, et Lucien absolument! La maison est toute à vous, je n'ai plus personne ici que Marie Lambert.
Je vous embrasse tendrement. Poussez-moi Maurice en avant, le plus vite possible; je deviens un peu folle.
G. SAND.
Dites au prince de ne pas nous refuser Lucien pour huit jours; vous savez que nous avons une revanche à prendre avec le mélodrame, où il est indispensable. Que de choses depuis un an, dans ma vie! Il faut que nous fassions la paix avec la destinée, qui m'a si bien secouée de toutes façons!
CDXCVII
A MAURICE SAND, A BORD DU JÉROME-NAPOLÉON
Nohant, 10 octobre 1861.
Madame Villot m'écrit aujourd'hui que tu dois être au Havre aujourd'hui 10! que tu seras probablement à Paris le 11.
Enfin! enfin! Qu'il me tarde de te savoir arrivé réellement et de te voir, et de te biger! Peut-être auras-tu besoin de passer deux ou trois jours à Paris. Fais-les les plus courts possible; car, depuis un mois, je suis un peu bête. J'ai eu bien du courage jusque-là; mais tu sais que dans une course, les derniers moments, quand on approche du but, sont les plus difficiles. Tu trouveras à Paris une autre lettre de moi que je t'avais écrite, croyant que tu arriverais le 25.
Mais j'ai reçu tes lettres de Saint-Louis, du Niagara et de New-York au retour de Québec, et j'ai repris patience. Tu es bien gentil de m'avoir écrit de partout. Ça m'a soutenue jusqu'à présent. Je t'espère au plus tard le 15: nous jouons le 16 ou le 17 une comédie, de moi. Tu sauras qu'à présent, les plus réussies de nos pièces vont dans la Revue; après quoi, les théâtres me les demandent. Voilà ce que c'est que le caprice des directeurs.