Dans quelques jours, le sort financier de la pièce sera décidé; vous confierez alors vos intérêts à Émile, et vous reviendrez nous trouver pour travailler au roman et passer tranquille ce charmant hiver qui nous donne presque tous les jours ici du soleil, des jacinthes et de bonnes promenades.
Vous verrez Maurice un de ces jours avec sa femme; je ne sais ce qu'ils resteront de jours ou de semaines à Paris; vous n'aurez pas besoin de les attendre pour revenir à notre nid, qui est le vôtre.
Tenez-nous au courant de la deuxième et de la troisième représentation, qui ont aussi leur importance; et, si vous êtes content, pensez, cher Almanzor, que nous le sommes bien aussi.
G. SAND.
DXXVI
A M.
Nohant, 26 février 1863.
Le christianisme est une vérité abstraite. Pour être une vérité concrète, une vérité vraie, il lui faudrait avoir tenu compte des notions que vous avez et que je n'ai pas besoin de vous indiquer. Le christianisme n'est pas mensonge, il est vérité incomplète. Arme, de progrès jadis, il est devenu outil de destruction. C'est un tombeau où l'humanité enferme le peu qui lui reste de conscience et de lumière. Ceci n'est pas la faute du pauvre docteur supplicié: c'est là faute de ceux qui ont déifié sa mémoire. Vous direz mieux que moi ce que vous savez avoir à dire, et ce que je crois savoir que vous direz. Vos pages sont très belles, élevées et profondes, elles sont d'un esprit supérieur, à la fois poétique et logicien. Que Dieu vous aide pour aller au fond des choses sans vous égarer dans le grand abîme où l'on ne pénètre plus que sur les ailes de l'hypothèse!
Il faut là beaucoup de science du langage, et toutes les sciences de détail doivent concourir à former la science des sciences.
Moi qui ne sais rien, j'attends, et pourtant je permets à ma conscience de juger ce qui se produit. C'est très hardi, à coup sûr; mais tout esprit, si incomplet qu'il soit, a besoin de s'affirmer.