Chère Altesse impériale,

J'ai reçu amicalement votre envoyé. Je ne savais rien: je n'aurais pas voulu que mon pauvre ami s'adressât à vous qui avez tant à faire et qui faites plus que vous ne pouvez. Cependant, puisque ce brave coeur à eu confiance dans le vôtre, sans connaître votre situation, vous n'avez pas voulu qu'il eût espéré en vain et vous êtes un ange, voilà qui est bien certain. Vous placez, du reste, votre confiance dans un bien digne homme, vous le sauvez d'une situation où l'a mis son inépuisable charité, et sur laquelle spéculaient de mauvaises gens. Il en est comme fou de reconnaissance et de joie, et, moi, j'en suis profondément attendrie; car, bien que vous lui disiez que c'est tout simple, je sais bien que les questions d'argent ne sont pas simples du tout en ce moment, dans quelque proportion qu'elles nous touchent. Tenez, vraiment vous êtes un être que l'on doit chérir autant qu'on l'estime, et la manière dont vous faites les choses est sublime de simplicité, puisque, vous voulez que ce soit simple absolument.

Moi, je vous remercie pour mon compte: vous m'ôtez un des gros chagrins de ma pauvreté; car je voulais racheter le petit avoir de mon pauvre vieux voisin pour le lui laisser, et je ne pouvais pas!

Soyez-en donc béni et croyez que je vous en aime davantage, si c'est possible.

GEORGE SAND.

CDXXIX

AU MÊME

Nohant, 25 mars 1858.

Chère Altesse impériale,

Je suis navrée du résultat général encore plus que de mes peines personnelles. Mais, en suivant votre devise: «Faire ce qu'on doit sans regretter sa peine et sans connaître le dépit d'échouer,» je sentais bien d'avance qu'il ne fallait pas espérer, et que les mauvais conseils étaient trop nombreux autour de celui dont l'état est d'être abusé. Je vous ai encore écrit hier; c'est ce matin seulement que j'ai reçu votre lettre et celle de l'empereur.