—Ah! oui, tu crois à l'éternité du moi! Tu ne veux pas me retrouver dans l'autre vie! Pauvre martyre, je comprends cela!

—Nous ne nous retrouverons pas, Laurent; j'en ai la certitude. Chaque âme va vers son foyer d'attraction. Le repos m'appelle, et, toi, tu seras toujours et partout attiré par la tempête.

—C'est-à-dire que tu n'as pas mérité l'enfer, toi!

—Tu ne l'as pas mérité non plus. Tu auras un autre ciel, voilà tout!

—En ce monde, qu'est-ce qui m'attend, si tu me quittes?

—La gloire quand tu ne chercheras plus l'amour.

Laurent devint pensif. Il répéta machinalement plusieurs fois: «La gloire!» puis il s'agenouilla devant la cheminée en tisonnant, comme il avait coutume de faire quand il voulait être seul avec lui-même. Thérèse sortit pour décommander son départ. Elle savait bien que Laurent l'eût suivie.

Quand elle rentra, elle le trouva très-calme et très-enjoué.

—Ce monde, lui dit-il, n'est qu'une plate comédie; mais pourquoi vouloir s'élever au-dessus de lui, puisque nous ne savons pas ce qu'il y a plus haut, et même s'il y a quelque chose? La gloire, dont tu ris intérieurement, je le sais fort bien…

—Je ne ris pas de celle des autres…