—Eh bien, je partirai, Thérèse. Adieu!
Il sortit brusquement et revint au bout d'une heure.
—J'ai manqué le courrier, dit-il, ce sera pour demain. Vous n'avez pas encore dîné?
Thérèse, préoccupée, avait oublié son repas sur la table.
—Ma chère Thérèse, lui dit-il, accordez-moi une dernière grâce; venez dîner avec moi quelque part, et allons ce soir ensemble à quelque spectacle. Je veux redevenir votre ami, rien que votre ami. Ce sera ma guérison et notre salut à tous les deux. Éprouvez-moi. Je ne serai plus ni jaloux, ni exigeant, ni même amoureux. Tenez, sachez-le, j'ai une autre maîtresse, une jolie petite femme du monde, menue comme une fauvette, blanche et fine comme un brin de muguet. C'est une femme mariée, je suis l'ami de son amant, que je trompe. J'ai deux rivaux, deux dangers de mort à braver chaque fois que j'obtiens un tête-à-tête. C'est fort piquant, et c'est là tout le secret de mon amour. Donc, mes sens et mon imagination sont satisfaits de ce côté-là; c'est mon coeur tout seul et l'échange de mes idées avec les vôtres que je vous offre.
—Je les refuse, dit Thérèse.
—Comment! vous aurez la vanité d'être jalouse d'un être que vous n'aimez plus?
—Certes, non! Je n'ai plus ma vie à donner, et je ne comprends pas une amitié comme celle que vous me demandez sans un dévouement exclusif. Venez me voir comme mes autres amis, je le veux bien; mais ne me demandez plus d'intimité particulière, même apparente.
—Je comprends, Thérèse; vous avez un autre amant!
Thérèse leva ses épaules et ne répondit rien. Il mourait d'envie qu'elle se vantât d'un caprice, comme il venait de le faire vis-à-vis d'elle. Sa force abattue se ranimait et avait besoin d'un combat. Il attendait avec anxiété qu'elle répondît à son défi pour l'accabler de reproches et de dédains, et lui déclarer peut-être qu'il venait d'inventer cette maîtresse pour la forcer à se trahir elle-même. Il ne comprenait plus la force d'inertie de Thérèse. Il aimait mieux se croire haï et trompé qu'importun ou indifférent.