—Thérèse, j'ai une nouvelle très-grave à vous annoncer. J'hésite, parce que je crains de vous causer une grande émotion de plus, et vous n'êtes guère disposée…
—Je vous demande pardon, mon ami. Je suis horriblement triste mais je suis absolument calme et préparée à tout.
—Eh bien, Thérèse, apprenez que vous êtes libre: le comte de *** n'est plus.
—Je le savais, répondit Thérèse. Il y a huit jours que je le sais.
—Et vous ne l'avez pas dit à Laurent?
—Non.
—Pourquoi?
—Parce qu'à l'instant même il se fût fait en lui une réaction quelconque. Vous savez comme l'imprévu le bouleverse et le passionne. De deux choses l'une: ou il eût imaginé qu'en lui faisant part de ma nouvelle situation, je voulais l'épouser, et l'effroi d'un lien avec moi eût exaspéré son aversion, ou il se fût tourné, tout à coup de lui-même vers l'idée du mariage, dans un de ces paroxysmes de dévouement qui s'emparent de lui, et qui durent… juste un quart d'heure, pour faire place à un profond désespoir ou à une colère insensée. Le malheureux est assez coupable envers moi; il n'était pas nécessaire de jeter un appât nouveau à sa fantaisie et un motif de plus à son parjure.
—Vous ne l'estimez donc plus?
—Je ne dis pas cela, mon cher Palmer. Je le plains et ne l'accuse pas. Peut-être une autre femme le rendra-t-elle heureux et bon. Moi, je n'ai pu faire, ni l'un ni l'autre. Il y a probablement de ma faute autant que de la sienne. Quoi qu'il en soit, il est bien prouvé pour moi que nous ne devions pas et que nous ne devons plus chercher à nous aimer.