Quant à Evenor et à Leucippe, eux aussi avaient vu cette femme rayonnante qui les avait protégés; mais ils la virent autrement, et sa stature ne leur parut pas excéder de beaucoup celle des hommes. L'apparition ne se révéla point à leurs compagnons qui entrèrent dans l'Éden avec des transports de joie. Lorsque Evenor et Leucippe voulurent, avant de les y suivre, contempler la face de l'être mystérieux qui avait semblé jusque-là se dérober à leurs regards, il se retourna et ils reconnurent les traits adorés de la dive, resplendissants de jeunesse et de beauté.
Mais, avant qu'ils eussent pu s'élancer vers elle pour lui parler, elle avait disparu, et ils se demandèrent si ce qu'ils avaient vu était un rêve.
Leucippe, agitée et transportée, courut à la caverne du Ténare. Elle y trouva le cadavre de la dive déjà séché et noirci par la fumée volcanique et gisant pour jamais sur la poussière de sa race.
Le reste de la vie d'Evenor et de Leucippe se perd dans la nuit des temps inconnus. Il est probable que l'établissement dans l'Éden fut prospère et que l'âge d'or nouveau, éclairé des clartés de l'âge divin antérieur, y régna longtemps à l'insu des autres races. Cependant Evenor, fidèle aux préceptes de Téleïa, s'était juré, en rentrant dans la forteresse paradisiaque, de ne pas restreindre sa mission aux félicités morales de la famille et de la tribu. Il est à croire qu'il sortit plusieurs fois de l'Éden pour répandre la lumière dans les divers établissements que Sath, Mos, les anciens et les libres formèrent sur le plateau; mais l'histoire des âges fabuleux, qui n'est qu'une tradition poétique, à force de varier dans ses légendes et dans ses symboles multiples, laisse dans une ombre impénétrable les événements des civilisations primitives.
FIN.