Bien qu'elle eût pris le cabriolet à l'heure, il alla vite, pressé qu'il était de se retrouver sur les boulevards à la sortie des spectacles; il n'était que onze heures, et Francia lui promettait de ne se faire ramener par lui que jusqu'à la porte Saint-Martin.
Elle alla d'abord à l'hôtel de Thièvre, personne n'était rentré; mais le concierge lui apprit que le prince Mourzakine devait occuper le soir même son nouveau logement, et il le lui désigna.
—Vous sonnerez à la porte, lui dit-il, il n'y a pas de concierge.
Francia, sans prendre le temps de remonter dans son cabriolet, dont le cocher la suivit en grognant, descendit la rue, coupa à angle droit, avisa un grand mur qui longeait une rue plus étroite, assombrie par l'absence de boutiques et le branchage des grands arbres qui dépassait le mur. Elle trouva la porte, chercha la sonnette à tâtons et vit au bout d'un instant apparaître une petite lumière portée par le grand cosaque Mozdar.
Il lui sourit en faisant une grimace qui exprimait d'une manière effroyable ses accès de bienveillance, et il la conduisit droit à l'appartement de son maître, où M. Valentin, le gardien du local, apprêtait le lit et achevait de ranger le salon.
C'était un petit vieillard très-différent de son ami, le formaliste et respectueux Martin. Le jeune financier qu'il avait servi menait joyeuse vie et n'avait eu qu'à se louer de son caractère tolérant.
En voyant entrer une jolie fille très-fraîchement parée, car elle avait fait sa plus belle toilette pour aller en loge à l'Opéra, il crut comprendre d'emblée, et lui fit bon accueil.
—Asseyez-vous, mam'selle, lui dit-il d'un ton léger et agréable; puisque vous voilà, sans doute que le prince va rentrer.
—Croyez-vous qu'il rentrera bientôt? lui demanda-t-elle ingénument.
—Ah çà! vous devez le savoir mieux que moi: est-ce qu'il ne vous a pas donné rendez-vous?