D'où vient donc qu'elle avait comme des remords? Ce n'est pas qu'elle eût une peur immédiate de Guzman: il ne venait jamais dans la matinée et il ne pouvait pas savoir qu'elle était rentrée si tard. Le portier seul s'en était aperçu et il la protégeait par haine du perruquier, qui l'avait blessé dans son amour-propre. Francia tenait énormément à sa réputation. Sa réputation! elle s'étendait peut-être à une centaine de personnes du quartier qui la connaissaient de vue ou de nom. N'importe, il n'y a pas de petit horizon, comme il n'y a pas de petit pays. Elle avait toujours fait dire d'elle qu'elle était sincère, désintéressée, fidèle à ses piètres amants; elle ne voulait point passer pour une fille qui se vend et elle cherchait le moyen de faire accepter la vérité sans perdre de sa considération; mais ses réflexions n'avaient pas de suite, l'enivrement de son cerveau dissipait ses craintes: elle revoyait le beau prince à ses pieds, et pour la première fois de sa vie elle était accessible à la vanité sans chercher à s'en défendre, prenant cette ivresse nouvelle pour un genre d'amour enthousiaste qu'elle n'avait jamais ressenti. Enfin l'arrivée de Théodore vint l'arracher à ses contemplations.
—Pas plus habillée que ça? lui dit-il en la voyant en jupe et en camisole, les cheveux encore dénoués. Qu'est-ce qu'il y a donc?
—Et toi? Tu rentres à des neuf heures du matin quand je t'attends depuis...
—Tu sais bien que j'ai été arrêté par ces tamerlans du boulevard! T'as donc pas vu?
—Tu as été mis en liberté au bout d'une heure!
—Comment sais-tu ça!
—Je le sais!
—C'est vrai; mais j'avais encore vingt sous de Guzman dans ma poche... Fallait bien faire un peu la noce après? Vas-tu te fâcher?
—Ecoute, Dodore, tu ne recevras plus rien de Guzman; il faut t'arranger pour ça.
—Parce que?