—Je m'y attends bien! Tu diras que tu ne sais pas!

—Écoute, Fafa, dit le gamin, après avoir tiraillé les trois poils de ses favoris naissants, ça ne se peut pas, tout ca! Je vois bien que tu vas être heureuse, et que tu ne veux pas m'abandonner; mais les bonheurs, ça ne dure pas, et quand nous voudrons revenir dans le quartier, faudra changer toute notre société pour une autre; moi, je vais avec les ouvriers honnêtes, on ne m'y moleste pas trop. On me reproche de ne rien faire, mais on me dit encore:—Travaille donc! te v'là en âge. T'auras pas toujours ta soeur! et d'ailleurs, ta soeur, elle ne fera pas fortune, elle vaut mieux que ça!... «T'entends bien, Fafa? quand on ne te verra plus, ça sera rasé, et, si on me revoit bien habillé avec de l'argent dans ma poche, on me renverra avec ceux qu'on méprise, et dame!... il faudra bien descendre dans la société. Tu ne veux pas de ça, pas vrai? Il ne vaut pas grand'chose, ton Dodore; mais il vaut mieux que rien du tout!»

Francia cacha sa figure dans ses mains, et fondit en larmes. La vie sociale se déroulait devant elle pour la première fois. La vitalité de sa propre conscience faisait un grand effort pour se dégager sous l'influence inattendue de ce frère avili jusque-là par elle, à l'insu de l'un et de l'autre, qui allait l'être davantage et sciemment.

—Tu vaux mieux que moi, lui dit-elle. Nous avons encore de l'honnêteté à garder, et, si nous nous en allons dans un autre endroit, nous ne connaîtrons pas une personne pour nous dire bonjour en passant; mais qu'est-ce que nous pouvons faire? Je ne dois pas rester avec Guzman et je ne veux rien garder de lui.

—Tu ne l'aimes plus!

—Non, plus du tout.

—Ne peux-tu pas patienter?

—Non, il faudrait le tromper. Je ne peux pas!

—Eh bien, ne le trompe pas. Dis-lui que c'est fini, que tu veux te marier.

—Je mentirais et il ne me croirait pas. Pense au train qu'il va faire! Ça nous fera bien plus de tort que de nous sauver!