Francia frissonna; puis, prenant son parti:
—Eh bien! oui, dit-elle, il me faut des princes, et j'en aurai quand je voudrai.
Dodore, surpris de son aplomb, en fut ébloui d'abord. L'accès de fierté patriotique qu'il avait eu la veille, et qui l'avait exalté durant la nuit au cabaret, se dissipa un instant. Ses yeux éteints s'arrondirent et il crut faire acte d'héroïsme en répondant:
—Des princes, c'est gentil, pourvu qu'ils ne soient pas étrangers.
—Ne revenons pas là-dessus, lui dit Francia. Nous n'avons pas de temps à perdre à nous disputer. Il faut nous en aller d'ici. On doit venir me prendre à midi et payer le loyer échu. J'emporte mes nippes et les tiennes. Tu resteras seulement pour dire à Guzman: «—Ma soeur est partie, vous ne la reverrez plus. Je ne sais pas où elle est; elle vous laisse le châle bleu et la parure d'acier que vous lui avez donnés... Voilà.»
—C'est arrangé comme ça? dit Théodore stupéfait... Alors tu me plantes là aussi, moi? Deviens ce que tu pourras? Et allez donc! Va comme je te pousse!
—Tu sais bien que non, Dodore, tu sais bien que je n'ai que toi. Voilà quatre francs, c'est toute ma bourse aujourd'hui; mais c'est de quoi ne pas jeûner et ne pas coucher dehors. Demain ou après-demain au plus tard, tu trouveras de mes nouvelles; une lettre pour toi chez papa Moynet, et, où je serai, tu viendras.
—Tu ne veux pas me dire où?
—Non, tu pourras sans mentir jurer à Guzman que tu ne sais pas où je suis.
—Et dans le quartier, qu'est-ce qu'il faudra dire? Guguz va faire un sabbat!...