—Ah! monsieur Larrey, je vous ai souvent vu là-bas!
—Où donc? répondit le docteur Faure, que l'erreur de Francia toucha profondément.
—En Russie!
—Ce n'est pas moi, mon enfant, je n'y étais pas; mais j'y étais de coeur avec lui! Voyons, quel mal avez-vous?
—Rien, monsieur, ce n'est rien, c'est le chagrin. J'ai eu des rêves, et puis je me sens faible; mais je n'ai rien et je veux m'en aller d'ici.
—Vous voyez, docteur, dit la Valentin, elle déraisonne; elle est ici chez elle et elle y est fort bien.
—Laissez-moi seule avec elle, dit le docteur. Vous paraissez l'effrayer. Je n'ai pas besoin de vous pour savoir si elle a le délire.
La Valentin sortit.
—Monsieur le docteur, dit Francia recouvrant une vivacité fébrile, il faut que vous m'aidiez à retourner chez nous! Je suis ici chez un homme qui m'a tué ma mère!
Le docteur fronça légèrement le sourcil; l'étrange révélation de la jeune fille ressemblait beaucoup à un accès de démence. Il lui toucha le pouls; elle avait la fièvre, mais pas assez pour l'inquiéter. Il lui fit boire un peu d'eau, l'engagea à se tenir calme un instant et l'observa; puis, la questionnant avec ordre, laconisme et douceur, il fut frappé de la lucidité et de la sincérité de ses réponses. Au bout de dix minutes, il savait toute la vie de Francia, et se rendait un compte exact de sa situation.