Et quand elle vit qu'il n'apportait rien, elle voulut le battre, pensant qu'il avait perdu en chemin ce qu'on lui avait donné; mais Gribouille la pria de l'écouter, lui disant qu'après elle le pourrait gronder et punir s'il avait manqué à son devoir. Alors il rapporta mot pour mot l'entretien qu'il avait eu avec M. Bourdon, mais, au lieu de l'embrasser et de le remercier, sa mère prit une branche de saule et commença à le fouailler, en criant après lui. Le père Bredouille arriva et demanda ce que c'était.

—Voyez ce coquin, ce mauvais cœur, cet âne, dit la mère tout enragée, il n'a pas voulu être le fils et l'héritier d'un homme qui est plus riche que le roi. Il est si sot, qu'il n'a même pas songé, en le quittant, à lui demander un beau sac d'écus ou une bonne place pour nous dans sa maison, ou un joli morceau de terre pour augmenter notre avoir.

Le père Bredouille battit Gribouille à son tour, et si fort, que la mère, qui craignait qu'il ne le fît mourir, le lui retira des mains en disant:

—En voilà assez pour une fois.

Gribouille, désolé, demanda à ses parents ce qu'il devait faire pour leur plaire, disant que, s'il lui fallait aller demeurer avec M. Bourdon, il s'y soumettait. Mais tandis que sa mère, qui l'aimait encore un peu pour lui-même, et qui eût été flattée de le voir riche et bien vêtu, disait oui; son père, qui ne croyait pas à sa bonté et qui ne jugeait pas possible l'oubli de tant d'outrages qu'on avait faits à Gribouille, disait non. Il aimait mieux l'envoyer de temps en temps chez M. Bourdon, espérant que celui-ci lui donnerait de l'argent qu'il rapporterait à la maison, par crainte d'être battu.

Or donc, au bout de deux ou trois jours, on l'habilla misérablement, on lui mit une veste toute déchirée, de gros sabots aux pieds, un sarrau bien malpropre, et on l'envoya ainsi chez M. Bourdon pour faire croire que ses parents n'avaient pas le moyen de l'habiller, et pour faire pitié à ce riche seigneur. En même temps on lui commanda de demander une grosse somme.

Gribouille, qui aimait tant la propreté, fut bien humilié de se présenter sous ces méchantes guenilles, et il en avait les larmes aux yeux. Mais M. Bourdon ne l'en reçut pas plus mal; car, malgré sa brusquerie et sa grosse voix, il avait l'air d'un bon homme et surtout paraissait aimer Gribouille sans que Gribouille pût deviner pourquoi.

—Gribouille, lui dit-il, je ne suis pas fâché de voir que vous songiez à vous-même. Prenez tout ce qu'il vous plaira.

Il le conduisit alors dans une grande cave qui était si pleine d'or, de diamants, de perles et de pierreries, qu'on marchait dessus, et encore y en avait-il plus de sept grands puits très-profonds qui étaient remplis jusqu'aux bords.