—C'est juste, répondirent les autres plantes; faisons un somme en attendant; mais prenons garde que le vent, qui est en belle humeur aujourd'hui, ne nous enlève Gribouille. Enlaçons-nous autour de notre ami.

Alors le narcisse étendit sur la tête de Gribouille une de ses grandes feuilles, en lui disant:—Dors, Gribouille, voilà un parasol que je te prête. Cinq ou six primevères se couchèrent sur ses pieds, une troupe de jeunes muguets vint s'asseoir sur sa poitrine, et une douzaine d'aimables pervenches se roulèrent autour de lui et l'enlacèrent si adroitement, que le plus méchant vent du monde n'eût pu l'emporter.

Gribouille, ranimé par la bonne odeur de ces plantes affables, par la fraîcheur de l'herbe et le doux ombrage du narcisse, goûta un sommeil délicieux, tandis que les muguets lui faisaient tout doucement cent petits contes à dormir debout, et que les pâquerettes chantonnaient des chansonnettes qui n'avaient ni rime ni raison, mais qui procuraient des rêves fort agréables.

Enfin Gribouille fut réveillé par des voix plus hautes. On chantait et on dansait autour de lui: tout le monde paraissait ivre de joie; les liserons s'agitaient comme des cloches à toute volée, les graminées jouaient des castagnettes, les muguets faisaient mille courbettes et révérences, et le grave narcisse lui-même chantait à tue-tête, tandis que les pâquerettes riaient à gorge déployée.

—Enfants sans cervelle, dit alors d'un ton maternel une très-douce voix, n'avez-vous pas une bonne nouvelle à m'apprendre, ce matin?

Aussitôt des millions de voix crièrent ensemble: Gribouille! Gribouille! Gribouille! Et, s'écartant comme un rideau, toutes les plantes découvrirent aux yeux charmés de Gribouille le doux visage de la reine.

C'était la Reine des prés, cette belle fleur élégante, menue et embaumée qui vient au printemps et qui aime les endroits frais.

—Lève-toi, mon cher Gribouille, dit-elle, viens embrasser ta marraine.