Et le ruisselet, qui fuyait sur les rochers, semblait dire d'une voix claire aux fleurettes de ses rives:
Frissonnons, frissonnons,
L'ennemi s'avance.
Et les grosses souches du chêne avaient l'air de se tordre et de ramper sur l'herbe comme des couleuvres. Les pervenches et les marguerites, comme si le vent les eût secouées, tournoyaient sur leurs tiges comme des folles; les grandes fourmis noires, qui aiment à butiner dans l'écorce, descendaient le long du chêne et se dressaient tout étonnées sur leur derrière; les grillons sortaient du fond de leurs trous et mettaient le nez à la fenêtre. Enfin, le feuillage et les roseaux tremblaient et sifflaient si fort, que le pauvre Gribouille fut réveillé en sursaut par tout ce tapage.
Mais qui fut bien étonné? ce fut Gribouille, quand il vit devant lui un grand et gros monsieur tout habillé de noir, à l'ancienne mode, qui le regardait avec des yeux tout ronds, et qui lui parla ainsi d'une grosse voix ronflante et en grasseyant beaucoup:
—Tu m'as rendu un service que je n'oublierai jamais. Va, petit enfant, demande-moi ce que tu voudras, je veux te l'accorder.
—Hélas! monsieur, répondit Gribouille tout transi de peur, ce que j'aurais à vous demander, vous ne pourrez pas faire que cela soit. Je ne suis pas aimé de mes parents et je voudrais l'être.
—Il est vrai que la chose n'est point facile, répondit le monsieur habillé de noir; mais je ferai toujours quelque chose pour toi. Tu as beaucoup de bonté, je le sais, je veux que tu aies beaucoup d'esprit.
—Ah! monsieur, s'écria Gribouille, si, pour avoir de l'esprit, il faut que je devienne méchant, ne m'en donnez point. J'aime mieux rester bête et conserver ma bonté.
—Et que veux-tu faire de ta bonté parmi les méchants? reprit le gros monsieur d'une voix plus sombre encore et en roulant ses yeux, ardents comme braise.