—Où prenez-vous cela? J'y pense plus que jamais. Mais ne peut-on marcher à son but que par une seule voie?
—Oh! quelle est donc celle où vous marchez? Je sais bien que pour moi le far-niente serait le bonheur. Mais pour qui aime la gloire...
—La gloire vient trouver ceux qui l'aiment d'un amour délicat et fier. Pour moi, plus je réfléchis, plus je trouve l'étude du droit inconciliable avec mon organisation, et le métier d'avocat impossible à un homme qui se respecte; j'y ai renoncé.
—En vérité! m'écriai-je, étourdi de l'aisance avec laquelle il m'annonçait une pareille détermination; et qu'allez-vous faire?
—Je ne sais, répondit-il d'un air indifférent; peut-être de la littérature. C'est une voie encore plus large que l'autre; ou plutôt c'est un champ ouvert où l'on peut entrer de toutes parts. Cela convient à mon impatience et à ma paresse. Il ne faut qu'un jour pour se placer au premier rang; et quand l'heure d'une grande révolution sonnera, les partis sauront reconnaître dans les lettres, bien mieux que dans le barreau, les hommes qui leur conviennent.
Comme il disait cela, je vis passer dans une glace une figure qui me sembla être celle de Paul Arsène; mais, avant que j'eusse tourné la tête pour m'en assurer, elle avait disparu.
«Et quelle partie choisirez-vous dans les lettres? demandai-je à Horace.
—Vers, prose, roman, théâtre, critique, polémique, satire, poëme, tonte forme est à mon choix, et je n'en vois aucune qui m'effraie.
—La forme bien, mais le fond?
—Le fond déborde, répondit-il, et la forme est le vase étroit où il faut que j'apprenne à contenir mes pensées. Soyez tranquille, vous verrez bientôt que cette oisiveté qui vous effraie couve quelque chose. Il y a des abîmes sous l'eau qui dort.»