Elle sortit d'un air tragique, entraînant Suzanne, nous jetant des imprécations, et poussant les portes avec fracas.

«Vous avez là pour compagnes d'abominables diablesses, dit Horace en rallumant son cigare avec tranquillité. Paul Arsène vous a rendu, mes pauvres amis, un étrange service. Il a déchaîné l'enfer dans votre intérieur.

—Quant à nous, nous n'en prendrions guère de souci personnel, répondit Eugénie; ce sont des nuages qui passent. Mais c'est bien cruel pour toi, Marthe; et si tu m'en croyais, il y aurait un remède à toutes les persécutions dont tu es victime.

—Je sais ce que tu veux dire, ma bonne Eugénie, dit Marthe en soupirant; mais sois sûre que cela est impossible. D'ailleurs je serais encore bien plus odieuse aux soeurs d'Arsène, si...

—Si quoi? demanda Horace, voyant qu'elle n'achevait pas sa phrase.

—Si elle l'épousait, dit Eugénie. Voilà ce qu'elle s'imagine; mais elle se trompe.

—Si vous l'épousiez? s'écria Horace, oubliant tout à coup la vicomtesse et revenant aux sentiments que naguère Marthe lui avait inspirés; vous, épouser Arsène! Qui donc a pu avoir une pareille idée?

—C'est une idée fort raisonnable, reprit Eugénie, qui voulait saper de plus en plus dans sa base leur naissante inclination. Ils sont du même pays, de la même condition, et à peu de chose près du même âge. Ils se sont aimés dès leur enfance, et ils s'aiment encore. C'est un scrupule de délicatesse qui empêche Marthe de dire oui. Mais je le sais, moi, et je le lui dirai clairement, parce que le moment est venu de parler. C'est l'unique désir, l'unique pensée d'Arsène.»

L'attente d'Eugénie fut dépassée par l'effet que produisit cette déclaration. Marthe, devenue aux yeux d'Horace la fiancée de Paul Arsène, tomba si bas dans sa pensée, qu'il rougit d'avoir pu l'aimer. Humilié, blessé, et se croyant joué par elle, il prit son chapeau, et, le mettant sur sa tête avant que de sortir:

«Si vous parlez affaires, dit-il, je suis de trop, et je vais voir Odry, qui joue ce soir dans l'Ours et le Pacha