—Mais je l'aime, cette femme que je fais souffrir! je ne puis m'en séparer! je ne m'habituerais pas à vivre sans elle!

—Quand même cela serait vrai (et j'en doute, puisque vous vous arrangez de manière à rester avec elle le moins que vous pouvez), votre devoir serait de vaincre un amour qui lui est nuisible.

—Quand je le voudrais, elle n'y consentirait jamais.

—En êtes-vous bien sûr?

—Elle se tuera si je l'abandonne.

—Si vous l'abandonnez froidement et brutalement, c'est possible; mais si vous le faites par loyauté, par dévouement, au nom de l'honneur, au nom de votre amour même...

—Jamais! jamais Marthe ne se résignera à me perdre, je le sais trop.

—Voilà de la fatuité. Autorisez-moi à lui parler avec la même franchise que je viens d'avoir avec vous, et nous verrons.

—Jean! encore un coup, vous avez des vues sur elle!

—Moi? Il faudrait pour cela trois choses: 1° qu'il n'y eût plus un seul miroir dans l'univers; 2° que Marthe perdît la vue; 3° qu'elle et moi n'eussions aucun souvenir de ma figure.