—Ah oui! reprit Alice, un peu émue, c'est l'époque du départ de mon frère pour l'Italie.

—Je crois effectivement qu'à cette époque, dit Laurent, un peu troublé aussi, M. de S... faisait régir cette maison, et qu'il habitait la maison voisine.

—Qui lui appartenait, reprit Alice, et qui maintenant appartient à sa veuve.

—J'ignorais qu'il fût marié.

—Et nous aussi; je viens de l'apprendre, il y a un instant, par la déclaration d'un homme de loi, et par de vives discussions qui se sont élevées dans ma famille à ce sujet. Vous entendrez nécessairement parler de tout cela avant peu, monsieur Laurent, et je suis bien aise que vous l'appreniez de moi d'abord.... d'autant plus, ajouta-t-elle en observant la contenance du jeune homme, qu'il est fort possible que vous ayez quelque renseignement, peut-être quelque bon conseil à me donner.

—Un conseil? moi, Madame? dit Laurent, tout tremblant.

—Et pourquoi non, reprit Alice avec une aisance fort bien jouée; vous avez le sentiment des véritables convenances, plus que ceux qui s'établissent, dans ce monde, juges du point d'honneur. Vous avez dans l'âme le culte du beau, du juste, du vrai, vous comprendrez les difficultés de ma situation, et vous m'aiderez peut-être à en sortir. Du moins votre première impression, aura une grande valeur à mes yeux. Sachez donc que mon frère a légué son nom et ses biens, en mourant, à une femme tout à fait déconsidérée et dont le nom, malheureusement célèbre dans un certain monde, est peut-être arrivé jusqu'à vous...

—Il y a si longtemps que j'habite là province, dit Laurent avec le désir évident de se récuser, que j'ignore...

—Mais; il y a trois ans, vous habitiez Paris, vous demeuriez dans cette maison; il est impossible que vous n'ayez pas entendu prononcer le nom d'Isidora.

Jacques Laurent devint pâle comme la mort; son émotion l'empêcha de voir la pâleur et l'agitation d'Alice.