—Je crois, dit-il, qu'en effet... ce nom ne m'est pas inconnu, mais je ne sais rien de particulier...

—Pourtant vous avez dû rencontrer cette personne, monsieur Laurent; rappelez-vous bien! dans ce jardin, par exemple...

—Oui, oui, en effet, dans ce jardin, répondit tout éperdu le pauvre Laurent, qui ne savait pas mentir, et sur qui la douce voix d'Alice exerçait un ascendant dominateur.

—Vous devez bien vous rappeler la serre du jardin voisin, reprit-elle: il y avait de si belles fleurs, et vous les aimez tant!

—C'est vrai, c'est vrai, dit Laurent, qui semblait parler comme dans un rêve, les camélias surtout... Oui, j'adore les camélias.

—En ce cas, vous serez bien servi, car madame de S... les aime toujours, et j'ai vu, ce matin, qu'on remplissait la serre de nouvelles fleurs. Comme vous êtes lié avec elle, vous la verrez, je présume... et vous pourrez alors servir d'intermédiaire entre elle et moi, quelles que soient les explications que nous ayons à échanger ensemble.

—Pardonnez-moi, Madame, reprit Jacques avec une angoisse mêlée de fermeté. Je ne me chargerai point de cette négociation.

Alice garda le silence; ce qu'elle souffrait, ce que souffrait Laurent était impossible à exprimer.

«La voilà donc, cette passion cachée qui le dévore, pensait Alice; voilà la cause de sa tristesse, de son découragement, de son abnégation, de son éternelle rêverie? Il a aimé cette femme dangereuse, il l'aime encore. Oh! comme son nom le bouleverse! comme l'idée de la revoir le charme et l'épouvante!»

On annonça que le dîner était servi, et Laurent prit son chapeau pour s'esquiver. «Non, monsieur Laurent, lui dit Alice en posant sa main sur son bras, avec un de ces mouvements de courage désespéré qui ne viennent qu'aux émotions craintives, vous dînerez avec nous; j'ai à vous parler.»