Si Ziska fut écorché, du moins son corps ne fut donc pas privé des honneurs de la sépulture. Les Taborites le transportèrent dans la cathédrale de Czaslaw, et cette ville, qui avait toujours été fidèle aux principes purs ne voulut pas s'en dessaisir. L'épitaphe qu'en 1619, les Impériaux effacèrent a été conservée par les historiens:

«Ci-gît Jean Ziska, qui ne le céda à aucun général dans l'art militaire, vigoureux vainqueur de l'orgueil et de l'avarice des ecclésiastiques, ardent défenseur de sa patrie. Ce que fit en faveur de la république romaine Appius Claudius l'aveugle, par ses conseils, et Marcus Furius Camillus par sa valeur, je l'ai fait en faveur de la Bohème. Je n'ai jamais manqué à la fortune, et elle ne m'a jamais manqué. Tout aveugle que j'étais, j'ai toujours bien vu les occasions d'agir. J'ai vaincu onze fois en bataille rangée. J'ai pris en main la cause des malheureux et des indigents, contre des prêtres gras et sensuels; et j'ai éprouvé le secours de Dieu dans cette entreprise. Si leur haine et leur envie ne s'y étaient opposées, j'aurais été mis au rang des plus illustres personnages. Cependant malgré le pape, mes os reposent dans ce lieu sacré.»

A JEAN ZISKA, Grégoire son oncle.

Rien n'est plus profondément vrai que cette épitaphe. Aeneas Sylvius l'a justifiée en qualifiant Ziska de monstrum detestabile, crudele, horrendum, importunum, etc. Et il y a aujourd'hui des personnes qui demandent si Ziska a jamais existé! C'est, ainsi qu'on écrit et qu'on connaît par conséquent l'histoire.

Ziska était représenté en relief sur son tombeau avec ces mots:

«L'an 1424, le jeudi, veille de la Saint-Gal, mourut Jean Ziska du Calice, chef des républiques qui souffrent pour le nom de Dieu.»

Chaque secte, chaque nuance de l'esprit hussite inscrivit son distique dans ce temple en l'honneur de Ziska. Évidemment celui qu'on vient de lire ne fut pas tracé par une main calixtine.

«Non loin du tombeau, dit notre auteur, il y a un autel où Jean Huss et Ziska sont représentés l'un auprès de l'autre. Sous l'effigie de Jean Ziska, on lisait ces vers latins...», que je donnerai en français, et qui me semblent émanés de la secte picarde qui croyait au retour des morts sur la terre, ou, pour mieux dire, à la transmission de la vie[35]:

«Huss est revenu du ciel. Si Ziska son vengeur en revient, Rome impie, prends garde à toi!»

Note 35:[ (retour) ] Cette secte, très-mélangée, avait été influencée par la croyance des Millénaires. Mais après Ziska on verra que les Taborites ont cru au retour immédiat des âmes dans de nouveaux corps.