—Donc, patience! fermeté! courage! union et discipline!
Voilà comme M. Gambetta entend ces choses! Quand il a apposé beaucoup de points d'exclamation au bas de ses dépêches et circulaires, il croit avoir sauvé la patrie.
Nous voilà bien et dûment avertis que Paris ne compte pas, que c'est une place forte comme une autre, qu'on peut ne pas s'en soucier et continuer l'épuisement rêvé par la grande âme du ministre pendant que l'ennemi, maître des forts, réduira en cendre la capitale du monde civilisé. Il n'entre pas dans la politique, si modestement suivie et pratiquée par le ministre, de s'apitoyer sur une ville qui a eu la lâcheté de succomber sans son aveu!
Ce déplorable enivrement d'orgueil qui conduit un homme, fort peu guerrier, à la férocité froide et raisonnée, est une note à prendre et à retenir. Voilà ce que le pouvoir absolu fait de nous! Dépêchez-vous de vous donner des maîtres, pauvres moutons du Berry!
1er février.
Aujourd'hui le ministre refait sa thèse. Il change de ton à l'égard de Paris. C'est une ville sublime, qui ne s'est défendue que pour lui donner le temps de sauver la France, et il nous assure qu'elle est sauvée, vu qu'il a formé «des armées jeunes encore, mais auxquelles il n'a manqué jusqu'à présent que la solidité qu'on n'acquiert qu'à la longue.»
Il absout Paris, mais il accuse le gouvernement de Paris, dont apparemment il ne relève plus.
—On a signé à notre insu, sans nous avertir, sans nous consulter, un armistice dont nous n'avons connu que tardivement la coupable légèreté, qui livre aux troupes prussiennes des départements occupés par nos soldats, et qui nous impose l'obligation de rester trois semaines au repos pour réunir, dans les tristes circonstances où se trouve le pays, une assemblée nationale. Cependant personne ne vient de Paris, et il faut agir.
On s'imagine qu'après avoir ainsi tancé la légèreté coupable de son gouvernement, le ministre va lui résister? Il l'avait annoncé hier, il s'était fixé un délai. Le délai est expiré, et il n'ose! Il va obéir et s'occuper d'avoir une assemblée vraiment nationale. Pardonnons-lui une heure d'égarement, passons-lui encore cette proclamation illisible, impertinente, énigmatique. Espérons qu'il n'aura pas de candidats officiels, bien qu'il semble nous y préparer. Espérons que, pour la première fois depuis une vingtaine d'années, le suffrage universel sera entièrement libre, et que nous pourrons y voir l'expression de la volonté de la France.
Ce retard du délégué de Paris, qui offense et irrite le délégué de Bordeaux, nous inquiète, nous autres. Paris aurait-il refusé de capituler malgré l'occupation des forts? Paris croit-il encore que nos armées sont à dix lieues de son enceinte? On l'a nourri des mensonges du dehors, et c'est là un véritable crime. Nos anxiétés redoublent. Peut-être qu'au lieu de manger on s'égorge.—Le ravitaillement s'opère pourtant, et on annonce qu'on peut écrire des lettres ouvertes et envoyer des denrées.