—Sire, c'est le moindre souci de Votre Majesté, et c'est mon secret à moi.

—Qu'avez-vous donc mangé à votre déjeuner pour être si dégagée dans votre langage avec moi, ce matin?

—J'ai respiré un certain flacon qui m'a remplie de confiance dans la bonté et dans la justice de celui qui me l'avait apporté.

—Ah! vous avez pris cela pour une déclaration! dit Frédéric d'un ton glacial et avec un mépris cynique.

—Dieu merci, non! répondit la jeune fille avec un mouvement d'effroi très-sincère.

—Pourquoi dites-vous Dieu merci?

—Parce que je sais que Votre Majesté ne fait que des déclarations de guerre, même aux dames.

—Vous n'êtes ni la czarine, ni Marie-Thérèse; quelle guerre puis-je avoir avec vous?

—Celle que le lion peut avoir avec le moucheron.

—Et quelle mouche vous pique, vous, de citer une pareille fable? Le moucheron fit périr le lion à force de le harceler.