Toute coupe est remplie de fiel pour celui qui n'a plus ni amis ni patrie, et puisque vous voulez savoir qui je suis, maintenant, ô enfants de la joie, apprenez que je suis plus grand que vous, moi qui ai bu en entier le calice de la vie, car la douleur m'a fait plus grand et plus fort que le plus fort et le plus grand d'entre vous.

LE CHATELAIN (Récitatif).

Étranger, ta présomption m'amuse; si je ne me trompe, tu es un poëte de carrefour, un improvisateur aux riantes forfanteries, un bouffon du genre emphatique; continue, et puisque ta fantaisie est de ne point boire, amuse-nous à jeun, de tes déclamations, tandis que nous allons vider les coupes de la joie.

UNE FEMME (Récitatif).

O mon cher fiancé! ô mes amis! ô mon seigneur le châtelain! cet homme dit qu'il est le plus grand d'entre nous, et son impudence mérite votre pardon, car il a dit, en même temps, qu'il était le plus malheureux des hommes. Je vous supplie de ne point l'affliger par vos railleries, mais de l'engager à nous raconter son histoire.

LE CHATELAIN (Récitatif).

Allons, pèlerin, puisque la Hermosa te prend sous son aile de colombe, raconte-nous tes malheurs, et notre joie les écoutera avec pitié pour l'amour d'elle.

LE PÈLERIN (Récitatif).

Châtelain, j'ai autre chose à penser qu'à te divertir. Je ne suis ni un improvisateur, ni un trouvère, ni un bouffon. Je ris souvent, mais je ris en moi-même d'un rire lugubre et désespéré en voyant les turpitudes et les misères de l'homme. Jeune femme, je n'ai rien à raconter. Toute l'histoire de mes malheurs est contenue dans ces mots: Je suis homme!

LA HERMOSA (Récitatif).