Cherche encore, mouille tes lèvres et dis la chanson du pays si tu veux vider la coupe de la joie.

LE VOYAGEUR (Récitatif).

Si je voulais vous dire la chanson telle qu'elle est gravée dans ma mémoire, le vin de vos coupes se changerait en larmes, et puis en fiel, et puis en un sang noir...

LE CHATELAIN.

Poursuis, poursuis, chanteur bizarre. Nous aimons tes chants et nous saurons, par nos libations, conjurer les esprits de ténèbres.

LE CHŒUR.

Poursuis, poursuis, chanteur inspiré! Bravons les esprits infernaux; remplissons les coupes de la joie!

LE VOYAGEUR.

(Il chante.) Moi qui suis un vil meurtrier, je mène une affreuse vie; je me cache la nuit dans les cavernes inaccessibles, et le jour je me hasarde à la lisière des forêts pour cueillir quelques fruits amers et saisir quelques sons lointains de la voix humaine; mes pieds sont déchirés; mon front est sillonné comme celui de Caïn; ma voix est rauque et terrible comme celle des torrents qui sont mes hôtes; mon âme est déchirée comme les flancs des monts qui sont mes frères, et quand l'heure fatale est marquée à l'horloge céleste pour le lever de l'étoile sanglante... oh! alors... le spectre noir me fait signe de le suivre, et là jusqu'au coucher de l'étoile, je marche, je cours à travers les rochers, à travers les épines, à travers les précipices à la suite du fantôme... Marche, marche, spectre noir! me voici; marche à travers la tempête....

(Récitatif.) Eh bien! vous autres, vous ne répétez pas le refrain? Vous éloignez vos coupes de la mienne? Poltrons et visionnaires, à qui en avez-vous?