Il lui avait juré qu'Hermann était son frère, et le prince régnant lui avait permis d'essayer de le faire évader, à la condition qu'ils retourneraient tous deux chez les fées et ne troubleraient plus la paix de ses États. Maître Bonus avait sauvé Hermann en lui donnant sa robe et son chaperon. Il était resté en prison à sa place, comptant qu'il serait respecté en montrant le sauf-conduit du prince régnant; mais, dans sa précipitation à changer d'habit, il avait laissé le sauf-conduit dans la poche de sa robe.
XVI
Et, sans le savoir, Hermann s'en allait avec ce papier, tandis qu'on allait pendre maître Bonus. Zilla résolut de sauver le vieillard, et, faisant claquer ses doigts, elle foudroya le bourreau, qui tomba comme ivre et ne put être réveillé par les cris de la multitude. Des gardes qui voulurent s'emparer de la fée et du patient furent frappés d'immobilité, et tous ceux qui se présentèrent pour les remplacer ne purent secouer l'engourdissement que leur jeta la magicienne.
XVII
Elle conduisit le vieillard dans une forêt où il lui apprit en se reposant la route qu'Hermann avait dû prendre sans risque, grâce au sauf-conduit. «Allons le chercher», dit Zilla, et bien vite ils repartirent. Plusieurs jours après, ils le rejoignirent sur les terres d'un prince voisin, et ils le trouvèrent travaillant à couper et à débiter des arbres pour gagner sa vie. En voyant apparaître ses amis, il jeta sa cognée et voulut les suivre.
XVIII
Mais une jeune fille qui s'approchait en ce moment l'arrêta d'un regard plus puissant que celui de toutes les fées. C'était pourtant une pauvre fille qui marchait pieds nus, la servante du maître bûcheron qui avait enrôlé le prince parmi ses manœuvres. Tous les jours elle apportait sur sa tête l'eau et le pain qu'Hermann mangeait et buvait à midi. Elle allait ainsi servir les autres ouvriers épars dans la forêt, et elle ne s'arrêtait point à causer avec eux.
XIX
Elle avait à peine échangé quelques paroles avec Hermann, mais leurs yeux s'étaient parlé. Elle était belle et modeste. Hermann avait vingt ans, et il n'avait pas encore aimé. Depuis trois jours, il aimait la pauvre Bertha, et quand la fée lui dit: «Partons», il lui répondit: «Jamais, à moins que tu ne me permettes d'emmener cette compagne.—Tu seras toujours un fou, reprit Zilla. Tu as à peine passé une saison parmi les hommes; ils ont voulu te faire mourir, et tu prétends aimer parmi eux.
XX