—Je ne prétends rien, dit Hermann. Hier, j'étais prêt à mourir sur l'échafaud, et je maudissais ma race: aujourd'hui j'aime cette enfant et je sens que l'humanité est ma famille.—Ne vois-tu pas, reprit la fée, que tu vivras ici dans la servitude, le travail et la misère?—J'accepte tous les maux, si j'ai le bonheur d'être aimé.» Zilla prit à part la jeune fille et lui demanda si elle voulait être la compagne d'Hermann. Elle rougit et ne répondit pas. «Songe, lui dit la fée, que son royaume est la solitude.»
XXI
Bertha demanda s'il était exilé. «Pour toujours, dit la fée.—Mais n'êtes-vous pas sa fiancée?» La fée sourit avec dédain. «Pardonnez-moi, dit Bertha, je veux savoir s'il n'aime que moi.» La fée vit que sa beauté rendait Bertha jalouse, et son orgueil s'en réjouit; mais la jeune fille pleura, et Hermann, accourant, dit à la fée: «Pourquoi fais-tu pleurer celle que j'aime? Et si tu ne veux pas qu'elle me suive, comment espères-tu que je te suivrai?
XXII
—Venez donc tous deux, dit la fée; mais si tu t'ennuies encore chez nous avec cette compagne, ne compte plus que je m'intéresserai à toi.» Ils partirent tous les quatre, car maître Bonus, plus que jamais, en avait assez du commerce des humains, et ils retournèrent dans le Val-des-Fées, où l'union d'Hermann et de Bertha fut consacrée par la reine, et puis les jeunes époux allèrent vivre avec maître Bonus dans une belle maison de bois qu'Hermann construisit pour sa compagne.
XXIII
Alors les fées virent quelle chose puissante était l'amour dans deux jeunes cœurs également purs, et quel bonheur ces deux enfants goûtaient dans leur solitude. Maître Bonus avait repris ses habits de femme avec empressement, et ses fonctions de ménagère avec orgueil. Bertha, simple et humble, avait du respect pour lui et admirait sincèrement sa pâtisserie. Hermann, depuis que son précepteur s'était dévoué pour lui, lui pardonnait sa gourmandise et lui témoignait de l'amitié.
XXIV
Il travaillait avec ardeur à cultiver la terre et à préparer les plus douces conditions d'existence à sa famille, car il eut bientôt un fils, puis deux, et puis une fille, et à chaque présent de Dieu il augmentait sa prévoyance et embellissait son domaine. Bertha était si douce qu'elle avait gagné la bienveillance de Zilla et de toutes les jeunes fées; et même Zilla aimait désormais Bertha plus qu'Hermann, et leurs enfants plus que l'un et l'autre.
XXV