A l'orient et à l'occident, d'autres foules diverses d'âge et d'instinct prétendaient se mêler à la race humaine, lui enseigner la science occulte, la corriger de ses erreurs, la châtier de ses vices ou la récompenser de ses progrès. «Tu vois, dit la reine à Zilla, que toutes s'en vont à la poursuite d'un rêve. Dévorées par l'ennui, elles cherchent à ressaisir la puissance et l'activité qui leur échappent. Les vieilles croient fuir l'homme à jamais; elles se trompent; l'homme les atteindra partout et les détrônera jusque dans la solitude où meurt le soleil.
LXXI
«Les jeunes se flattent de former une race nouvelle avec le mélange de toutes les races, et de changer, sur une terre encore vierge, les instincts et les lois de l'humanité. Elles n'y parviendront pas; l'homme ne sera gouverné et amélioré que par l'homme, et les autres, celles qui, en le prenant tel qu'il est, se vantent de changer les sociétés qu'il a créées et où il s'agite, ne se leurrent pas d'une moins folle ambition. L'homme civilisé ne croit plus qu'à lui-même, et les puissances occultes ne gouvernent plus que les idiots.
LXXII
«Je leur ai dit ces vérités, Zilla! J'ai voulu leur démontrer que, devenues immortelles, nous étions devenues stériles pour le bien, et qu'avant de boire la coupe, nous avions été plus utiles dans la courte période de notre vie humaine que depuis mille ans de résistance à la loi commune. Elles n'ont pas voulu me croire, elles prétendent qu'elles peuvent et doivent partager avec l'homme l'empire de la terre, conserver malgré lui les sanctuaires inviolables de la nature et protéger les races d'animaux qu'il a juré de détruire.
LXXIII
«Elles m'accusent d'avoir entravé leur élan, de les avoir forcées à respecter les envahissements de la race humaine, à fuir toujours devant elle, à lui abandonner les plus beaux déserts, comme si ce n'était pas le droit de ceux qui se reproduisent de chasser devant eux les neutres et les stériles. En vain, je leur ai dit que, n'ayant ni besoins ni occupations fécondes, ni extension possible de nombre, elles pouvaient se contenter d'un espace restreint; elles ont crié que je trahissais l'honneur et la fierté de leur race.
LXXIV
«Enfin elles m'ont demandé de quel droit je les gouvernais, puisque, leur ayant donné la coupe de l'immuable vie, je ne savais pas leur donner l'emploi de cette puissance, et j'ai dû leur avouer que je m'étais trompée en leur faisant ce présent magnifique dont j'avais depuis reconnu le néant et détesté la misère. Alors le vertige s'est emparé d'elles, et toutes m'ont quittée, les unes avec horreur, les autres avec regret, toutes avec l'effroi de la vérité et le désir immodéré de s'y soustraire.
LXXV