«Et maintenant, Zilla, nous voilà seules ici... J'y veux rester, moi, afin d'essayer l'emploi d'une découverte à laquelle depuis mille ans je travaille. Ne veux-tu pas rejoindre tes sœurs qui s'en vont, ou bien espères-tu vivre calme dans cette solitude en veillant sur la famille d'Hermann?—Je veux rester avec toi, répondit Zilla; toi seule as compris la lente et terrible agonie de mon faux bonheur. Si tu ne peux m'en consoler, au moins je ne t'offenserai pas en te disant que je souffre.

LXXVI

—Songe à ce que tu dis, ma chère Zilla. Si rien ne peut te consoler, mieux vaut chercher le tumulte et l'illusion avec tes compagnes. Moi, je ne suis peut-être pas ici pour longtemps, et bientôt tu ne me verras peut-être plus.» Zilla se rappela que la reine lui avait parlé d'un remède suprême contre l'ennui, remède dont elle prétendait faire usage et dont elle n'avait pas voulu lui révéler le secret terrible. Elle l'implora longtemps avant d'obtenir d'être initiée à ce mystère; enfin la reine céda et lui dit: «Suis-moi.»

LXXVII

Par mille détours effrayants qu'elle seule connaissait, la reine conduisit Zilla dans le cœur du glacier, et pénétrant avec elle dans une cavité resplendissante d'un bleu sombre, lui montrant sur un bloc de glace en forme d'autel une coupe d'onyx où macérait un philtre inconnu, elle lui dit: «A force de chercher le moyen de détruire le funeste effet de la coupe de vie, je crois avoir trouvé enfin la divine et bienfaisante coupe de mort. Je veux mourir, Zilla, car, plus que toi, je suis lasse et désespérée.

LXXVIII

«J'ai souffert en silence, et j'ai savouré goutte à goutte, de siècle en siècle, le fiel des vains regrets et des illusions perdues; mais ce qui m'a enfin brisée, c'est la pensée que nous devions finir avec ce monde, en châtiment de notre résistance aux lois qu'il subit. Nous avons cherché notre Éden sur la terre, et non-seulement les autres habitants de la terre se sont détournés de nous, mais encore la terre elle-même nous a dit: «Vous ne me possédez pas; c'est vous qui m'appartenez à jamais, et mon dernier jour sera le vôtre.»

LXXIX

«Zilla, j'ai vu le néant se dresser devant moi, et l'abîme des siècles qui nous en sépare m'est apparu comme un instant dans l'éternité. Alors j'ai eu peur de la mort fatale, et j'ai demandé passionnément au Maître de la vie de me replacer sous la bienfaisante loi de la mort naturelle.—Je ne t'entends pas, répondit Zilla, pâle d'épouvante: est-ce qu'il y a deux morts? et veux-tu donc mourir comme meurent les hommes?—Oui, je le veux, Zilla, je le cherche, je l'essaie, et j'espère qu'enfin mes larmes ont fléchi Celui que nous avons bravé.

LXXX