—Allons, vous êtes trop despote, lui dis-je en riant. Vous voulez qu'à moins de trouver une beauté supérieure à la vôtre, on ne daigne pas seulement ouvrir les yeux. Alors, il faut se les crever pour jamais, et renoncer à la peinture.
—Est-ce un compliment? demanda-t-elle avec une animation extraordinaire. Un compliment équivaut à une raillerie, par conséquent à une injure.
—Vous avez raison; aussi n'est-ce pas un compliment, mais une vérité banale que j'aurais dû ne pas formuler, car vous devez être lasse de l'entendre.
—Vous ne m'avez pas gâtée sous ce rapport, vous! Dites donc toute votre pensée! Vous savez que je ne suis pas laide; mais vous n'aimez pas ma figure.
—Je crois que je l'aimerais autant que je l'admire, si elle était toujours naïvement belle comme elle l'est dans ce moment-ci.
Pressé de questions à cet égard, je fus entraîné à lui dire que, selon moi, elle était ordinairement trop arrangée, trop encadrée, trop rehaussée, et qu'au lieu de ressembler à elle-même, c'est-à-dire à une femme superbe et ravissante, elle se condamnait à un travail perpétuel pour ressembler à n'importe quelle femme pimpante, à n'importe quel type de fashion aristocratique, à n'importe quelle poupée servant de montre à un étalage de chiffons et de bijoux.
—Je crois que vous avez raison, répondit-elle après un moment de silence attentif.
Et, arrachant tout à coup sa broche et ses bracelets de Froment Meurice, véritables objets d'art que précisément je n'étais nullement disposé à critiquer, elle les lança à travers le bois avec une gaieté de Sardanapale.
—Voilà un étonnant coup de tête! lui dis-je en quittant son bras sans galanterie pour aller ramasser ces précieux objets. Vous permettrez qu'en qualité d'artiste, je vous reproche ce mépris pour de si beaux ouvrages.
Je retrouvai les bijoux, non sans peine, et, quand je les lui rapportai: