Il sortit en prenant la clef, et je me rendormis.

Je m'éveillai comme d'habitude, à cinq heures. Un instant je cherchai ma compagne à mes côtés. J'étais seul, je me souvins. Je soupirai amèrement.

Je m'habillai et donnai, de ma terrasse, un coup d'oeil aux environs. Aussi loin que ma vue pouvait s'étendre, je ne vis pas une âme. J'entendis seulement quelques bruits lointains du départ pour le travail des champs. Tartaglia vint à six heures m'apporter des côtelettes et des oeufs frais. Il avait un air soucieux qui m'effraya.

—Daniella est plus malade? m'écriai-je.

—Non, au contraire, elle va mieux. Voilà une lettre d'elle. Je la lui arrachai des mains.

«Aie confiance et patience, me disait-elle. Je te reverrai, j'espère, dans peu de jours, malgré les obstacles. Ne sors pas de Mondragone, et ne te montre pas. Espère, et attends celle qui t'aime.»

—Elle me prescrit de ne pas me montrer, dis-je à Tartaglia, et tu m'assurais pourtant que l'on me sait ici!

—Ah! mossiou, répondit-il avec un geste d'impatience, je ne sais plus rien. Ne vous montrez pas, ce sera toujours plus prudent; mais il se passe des choses que je ne peux plus m'expliquer… Aussi, je me disais bien: «Pourquoi se donner tant de soins pour s'emparer de ce pauvre petit artiste qui ne peut point passer pour dangereux? Il faut qu'il serve de prétexte à autre chose…» et il y a autre chose, mossiou, ou bien l'on s'imagine qu'il y a autre chose.

—Explique-toi!

—Non! vous n'avez pas de confiance en moi.