—Pauvre chèvre! Mieux vaut la garder; elle donne du lait, et, avec du lait, on vit.
—C'est vrai, gardons la chèvre. La pâture ne lui manquera pas. Par ce temps printanier, ce qu'elle tond d'un côté repousse de l'autre. Seulement, il faudrait l'empêcher d'aller dans le parterre, où elle dévaste certaines racines qui m'ont bien l'air d'être mangeables, faute de mieux.
—Précisément, j'ai vu là des asperges sauvages. Nous lui interdirons le parterre.
—Et que diriez-vous, mossiou, d'une brochette de moineaux de temps en temps?
—Eh! eh! cela peut être agréable à l'occasion.
—Avec une petite barde de lard autour! j'ai eu la bonne idée d'en apporter un beau morceau que nous ferons durer longtemps. Et puis, avec des trappes, comme je le disais au carabinier, on prend des lapins sauvages, mossiou! Et il y en a ici, je vous en réponds!
—Je n'en ai jamais vu un seul; mais, en revanche, il y a des rats magnifiques.
—Fi, mossiou! avant d'en venir là, nous aurons épuisé tous les oiseaux du ciel!
—Mais comment les prendras-tu, ces oiseaux? Nous n'avons ni fusil ni poudre.
—Nous ferons des arcs et des flèches, mossiou! Je n'y suis pas maladroit, non plus qu'à la fronde.