—Je songe à quelque chose de plus sûr, lui dis-je en riant: c'est à faire des épinards avec des orties. J'ai lu quelque part que c'était absolument la même chose.
Tartaglia fit la grimace.
—Possible! dit-il; mais je crois que je laisserai ma part de ce mets-là au capucin.
Vous voyez que la gaieté nous était revenue, et j'aidais mon compagnon à faire des projets gastronomiques, puisque c'était là sa préoccupation dominante. La mienne était de trouver moyen de faire évader le moine, afin qu'il pût au moins dire à Daniella que je prenais patience, et que j'étais pourvu de vivres pour longtemps.
—Écoute, dis-je à Tartaglia, tout cela est réglé, et nous voilà bien sûrs de pouvoir attendre environ une semaine; mais nous croiserons-nous les bras, et ne chercherons-nous pas cette issue souterraine qui a certainement existé et qui doit exister encore?
—Ah! voilà, fit-il en soupirant, a-t-elle jamais existé?
—Mais on sortait de ces cuisines où tu as tant cherché à entrer! On y entrait par le palais, et on en sortait par le jardin au bas du terrazzone.
—Je vous entends, mossiou, dit Tartaglia, dont l'esprit actif se réveille dès qu'on fait appel à sa sagacité. Si nous pouvions sortir de cette cuisine, que nous appelons la Befana, nous nous trouverions au bas du terrazzone, tandis que les carabiniers sont dessus, et nous entrerions tout de suite dans un fourré de lauriers qui est là, et, de là, dans l'allée de cyprès; et, de là, dans la cour de Felipone, qui nous laisserait certainement évader. C'est un brave homme, je le connais.
—Eh bien?
—Eh bien, oui, on sortirait par les cuisines, s'il y avait une sortie; mais je ne la connais pas, mossiou; elle doit être souterraine, car je n'entends pas le cri des sentinelles au bas du grand contre-fort sans yeux du terrazzone, ce qui prouve bien qu'on regarde comme impossible une évasion de ce côté-là.