XXXVI

Comme preuve de cette assertion, un palefrenier entrait, en cet instant, en écartant la clôture de fourrage, et apportait de l'avoine aux chevaux installés dans le péristyle au bas de l'escalier. J'allais exprimer l'agréable surprise que me causait cette révélation, lorsque le prince en personne, descendant les deux marches de son sanctuaire, vint au devant de moi.

—Vous le voyez, monsieur, me dit-il, vous êtes libre et, si vous avez une grande impatience de prendre la clef des champs, je ne vous retiens pas ici malgré vous; mais, comme je me dispose moi-môme au départ (vous voyez mes chevaux), j'ai pensé qu'il vous serait agréable de dîner d'abord et d'attendre, en bonne compagnie, l'heure de minuit, préférable à toute autre pour les gens qui ont, comme nous, quelque démêlé avec la police locale. Mon ami, ajouta-t-il en s'adressant à Tartaglia, qui me suivait comme un chien, allez trouver mes gens il leur est enjoint d'avoir grand soin de vous.

Mossiou! mossiou! me dit Tartaglia en me retenant par mon vêtement, n'acceptez pas ce dîner, ne parlez pas à cet homme-là. Je le connais, moi! c'est le prince de…

Celui qu'on appelait le docteur me prit par le bras, comme pour m'encourager à suivre le prince qui nous ouvrait la marche. Tartaglia, passant de l'autre côté, me dit à l'oreille:

—Ceci gâte notre affaire et nous compromet! Nous voici affiliés à…

—Eh bien, venez-vous! dit le docteur, qui me supposait intimidé. Ne craignez pas de parler au prince: c'est le plus aimable homme du monde.

—Je le vois bien, répondis-je; mais permettez-moi de dire un mot à mon compagnon d'aventures.

—Ah! pardon! faites.

Je fis deux pas en arrière avec Tartaglia. Il voulait parler, je l'en empêchai.