—Mauvaise grêle! dit Felipone en s'arrêtant indécis; il en vient de ces autres buissons devant nous! Il paraît que Campani a appris à ses compères à se servir de la corde; mais ils travaillent pour leur compte et non pour celui de la police; car ils n'ont pas de fusils; ils craignent le bruit autant que nous. Avançons! ils ne sont pas tous aussi adroits que leur maître; et d'ailleurs, ils nous entendent plus qu'ils ne nous voient et tirent au juger. Sans cela, l'un de nous aurait déjà son affaire.

Nous avançâmes encore; mais, tout à coup, Felipone s'arrêta de nouveau.

—Nous sommes cernés, dit-il; nous nous sommes enfournés dans un cercle de buissons éparpillés, qui est pour eux un poste meilleur que pour nous. Il va falloir soutenir un siége… Eh bien, à la grâce de Dieu! suivez-moi.

Il prit sa course résolument, et, au milieu des pierres qui continuaient à siffler de tous côtés, il se jeta derrière un paillis plus petit que celui où nous nous étions abrités d'abord, et d'où partaient les aboiements hurlés de plusieurs chiens réveillés depuis le commencement de l'assaut que nous subissions.

—Que faire? dit Felipone; voilà ce que je craignais! Les bergers vont prendre l'alarme, nous confondre peut-être avec les brigands et tirer sur nous. Je ne sais pas s'ils sont plusieurs ou un seul en ce moment dans la prairie. Depuis quinze jours je ne sors pas de Mondragone! Nous voilà tombés dans un mauvais traquenard. Je regrette nos chevaux, à présent.

Les chiens enfermés dans le paillis redoublaient de rage.

—Qui va là? cria de l'intérieur une voix grave.

Et nous entendîmes claquer la batterie d'un fusil que l'on armait pour nous recevoir.

—C'est vous, Onofrio? répondit le fermier en approchant sa bouche de la fente de la porte. Je suis Felipone, poursuivi par des bandits. Ouvrez-moi!

—Silence, Lupo! silence, Télégone! dit la voix du berger.