C'est ainsi que mon aventure était racontée dans les prairies de Tusculum. Je ne pus m'empêcher de sourire en songeant à l'effroi du bon berger, s'il eût pu reconnaître ce scélérat dans le pauvre peintre dont il avait serré la main quelque temps auparavant, et auquel il donnait maintenant asile et protection au péril de sa vie.
—Oui, oui, c'est un grand misérable que ce prisonnier, dit Felipone, sans se départir un seul instant de sa belle et joyeuse humeur. Mais songeons à ceux qui sont là. Je commence à les voir, et voilà vos chiens qui recommencent à être furieux. Si nous les lâchions sur cette canaille?
—Ils me les tueront, avec leurs pierres, dit Onofrio avec un soupir. Je crois que j'aimerais mieux être tué moi-même. Pourtant, s'il le faut, nous verrons!
Tout à coup, une voix âpre, une voix blanche, fêlée comme celle de beaucoup d'Italiens à formes athlétiques, retentit à la porte de la cabane, comme si elle partait de dessous terre.
—Berger, disait-elle, ne craignez rien; faites taire vos chiens; écoutez-moi.
—C'est la voix du Campani; le serpent s'est glissé dans l'herbe, me dit vivement Felipone, pendant qu'Onofrio calmait ses chiens avec plus de peine, cette fois, que la première. Il s'est blotti sous la cabane entre le sol et les pierres qui supportent la devanture; nous ne pouvons pas tirer sur lui!
—Que voulez-vous? Parlez! dit Onofrio.
—Nous n'en voulons ni à vous ni à vos moutons, mais à une méchante bête qui est entrée chez vous. C'est le prisonnier de Mondragone, l'assassin du saint-père.
—Non! dit Onofrio en me regardant avec bienveillance; vous mentez!
Allez-vous-en!
—Je jure sur l'Évangile que c'est lui, répondit le bandit.