—Si c'est lui, vous n'avez pas mission de l'arrêter. Avertissez les carabiniers.

—Oui! pendant que vous le ferez sauver! D'ailleurs les carabiniers le mettraient en prison, et ce n'est pas ce que je veux.

—C'est cela! dit Felipone à mon oreille; c'est la vengeance romaine. Il veut vous tuer lui-même.

—Vous ne voulez pas le livrer? reprit Campani.

—Non!

Une fois? Je vous avertis que nous sommes quinze, et qu'au premier signal, en un clin d'oeil, votre baraque va être enfoncée et vos trois carcasses défoncées. Nous mettrons le feu ensuite, et on croira que vous vous êtes endormi trop près de votre lampe en chantant vos prières.

Onofrio frémit de la tête aux pieds, porta à sa bouche le scapulaire qu'il avait au cou, et, avec sa voix sans inflexion et son visage de pierre, il répondit encore non, avec une tranquille et grandiose résignation.

Il se fit une minute de silence; puis la voix de Campani reprit:

Deux fois? Je vas donner le signal; il faudra bien que le loup sorte du trou!

Je n'attendis pas le troisième refus du brave berger, incapable de maîtriser plus longtemps ma colère, je déchargeai ma carabine sur la tête du bandit, qui avait eu l'imprudence de se relever à demi sans se douter de l'existence de la meurtrière d'où je le guettais, et sa cervelle, fracassée à bout portant, jaillit sanglante sur le mur de la cabane et jusque sur le canon de mon fusil.