—Mauvaise chance pour lui! dit Felipone, en qui l'horreur se traduisit par un éclat de rire nerveux.

—Vous l'avez tué? dit l'impassible Onofrio. C'est un de moins! Attention aux autres! et ne nous laissons plus approcher, s'il est possible!

J'étais résolu à ne pas compromettre plus longtemps les deux hommes généreux qui se dévouaient pour moi. Je m'élançai vers la porte.

—Que faites-vous? s'écria le fermier en me repoussant avec vigueur.

—Je vais me battre tout seul contre ces bandits, et leur vendre ma vie le plus cher que je pourrai. Ils n'en veulent qu'à moi.

—Cela ne sera pas, je ne le veux pas, dirent à la fois le fermier et le berger. Si vous sortez, nous sortirons aussi.

La situation ne permettait pas un long combat de générosité. D'ailleurs,
Felipone n'espérait pas être plus épargné que moi par ces bandits.

—Masolino doit être parmi eux, dit-il; c'est mon ennemi personnel. Il faut que l'un de nous deux en finisse cette nuit avec l'autre!

Quant à Onofrio, il paraissait porter jusqu'à l'héroïsme la religion de l'hospitalité.

—Si nous nous séparons, disait-il, nous sommes perdus. Nous pouvons nous sauver en restant ensemble. Allons, allons, pas de mots inutiles. Que chacun de nous soit à son poste!