—Appelle-moi Nello quand nous sommes seuls, et Lélio devant le monde, tant que l'affaire de Chioggia ne sera pas assoupie tout à fait.
—Oh! je sais. Pauvre Massatone! Mais cela commence à s'arranger.
—Que me disais-tu de la signora Bianca? C'est là ce qui m'importe.
—Je disais qu'elle deviendra bien rouge et bien pâle quand je lui remettrai une lettre en lui disant tout bas: «C'est de Nello! Madame sait bien, Nello! celui qui chantait si bien…» Alors elle me dira d'un ton sérieux, car elle n'est plus gaie comme autrefois, la pauvre signora: «C'est bien, Mandola, allez-vous-en à l'office.» Et puis elle me rappellera pour me dire d'un ton doux, car elle est toujours bonne: «Mon pauvre Mandola, vous devez être bien fatigué?… Salomé, donnez-lui du meilleur vin!»
—Et Salomé! m'écriai-je; est-elle mariée aussi?
—Oh! celle-là ne se mariera jamais. C'est toujours la même fille, pas plus vieille, pas plus jeune; ne souriant jamais, ne versant jamais une larme, adorant toujours madame, et lui résistant toujours; chérissant mademoiselle, et la grondant sans cesse; bonne au fond, mais point aimable… La signora Alezia vous a-t-elle reconnu?
—Nullement.
—Je le crois; j'ai eu bien de la peine moi-même à vous reconnaître. On change tant! Vous étiez si petit, si fluet!
—Mais pas trop, ce me semble?
—Et moi, continua Mandola avec une tristesse comique, j'étais si leste, si dégagé, si alerte, si joyeux! Ah! comme on vieillit!»