—C'est vous qui en êtes juge, monsieur. Pour moi, cela ne me regarde pas.

—Vous me rendrez raison, je présume?

—Fort bien, Monsieur.

—Votre heure?

—Celle que vous voudrez.

—Demain matin à huit heures, dans la pairie de Maso, si vous le voulez bien, Monsieur. Mes témoins seront ces messieurs.

—Très-bien, Monsieur; mon ami que voici sera le mien.»

Hector me regarda avec un sourire de dédain, et, emmenant à l'écart Nasi avec ses deux compagnons, il lui dit:

«Ah çà, mon cher comte, permettez-moi de vous dire que c'est pousser la plaisanterie trop loin. Maintenant qu'il s'agit de se battre, il faudrait, ce me semble, un peu de sérieux. Mes témoins sont gens de qualité: monsieur est le marquis de Mazzorbo, et voici monsieur de Monteverbasco. Je ne pense pas que vous puissiez leur associer comme témoin ce monsieur à qui j'ai fait donner vingt francs l'autre jour pour avoir accordé un piano chez ma mère. Vraiment, je n'y conçois rien. Hier on découvre que ce monsieur a une intrigue avec ma cousine, et aujourd'hui vous nous dites que c'est votre ami intime. Veuillez nous dire au moins son nom.

—Vous vous trompez positivement, monsieur le comte. Ce monsieur, comme vous dites, n'accorde point de pianos, et n'a jamais mis le pied chez votre cousine. C'est le signor Lélio, l'un de nos plus grands artistes, et l'un des hommes les plus braves et les plus loyaux que je connaisse.»