MALGRE LE FROID
La petite Marie ne parut pas faire d’autre attention aux paroles bizarres de l’enfant que de les regarder comme une parole d’amitié; elle l’enveloppa avec soin, ranima le feu, et, comme le brouillard endormi sur la mare voisine ne paraissait nullement près de s’éclaircir, elle conseilla à Germain de s’arranger auprès du feu pour faire un somme.
—Je vois que cela vous vient déjà, lui dit-elle, car vous ne dites plus mot, et vous regardez la braise comme votre petit faisait tout à l’heure. Allons, dormez, je veillerai à l’enfant et à vous.
—C’est toi qui dormiras, répondit le laboureur, et moi je vous garderai tous les deux, car jamais je n’ai eu moins envie de dormir; j’ai cinquante idées dans la tête.
—Cinquante, c’est beaucoup, dit la fillette avec une intention un peu moqueuse; il y a tant de gens qui seraient heureux d’en avoir une!
—Eh bien! si je ne suis pas capable d’en avoir cinquante, j’en ai du moins une qui ne me lâche pas depuis une heure.
—Et je vas vous la dire, ainsi que celles que vous aviez auparavant.
—Eh bien! oui, dis-la si tu la devines, Marie; dis-la-moi toi-même, ça me fera plaisir.
—Il y a une heure, reprit-elle, vous aviez l’idée de manger… et à présent vous avez l’idée de dormir.
—Marie, je ne suis qu’un bouvier, mais vraiment tu me prends pour un bœuf. Tu es une méchante fille, et je vois bien que tu ne veux point causer avec moi. Dors donc, cela vaudra mieux que de critiquer un homme qui n’est pas gai.