—Si vous voulez causer, causons, dit la petite fille en se couchant à demi auprès de l’enfant, et en appuyant sa tête contre le bât. Vous êtes en train de vous tourmenter, Germain, et en cela vous ne montrez pas beaucoup de courage pour un homme. Que ne dirais-je pas, moi, si je ne me défendais pas de mon mieux contre mon propre chagrin?
—Oui, sans doute, et c’est là justement ce qui m’occupe, ma pauvre enfant! Tu vas vivre loin de tes parents et dans un vilain pays de landes et de marécages, où tu attraperas les fièvres d’automne, où les bêtes à laine ne profitent pas, ce qui chagrine toujours une bergère qui a bonne intention; enfin tu seras au milieu d’étrangers qui ne seront peut-être pas bons pour toi, qui ne comprendront pas ce que tu vaux. Tiens, ça me fait plus de peine que je ne peux te le dire, et j’ai envie de te ramener chez ta mère au lieu d’aller à Fourche.
—Vous parlez avec beaucoup de bonté, mais sans raison, mon pauvre Germain; on ne doit pas être lâche pour ses amis, et au lieu de me montrer le mauvais côté de mon sort, vous devriez m’en montrer le bon, comme vous faisiez quand nous avons goûté chez la Rebec.
—Que veux-tu! ça me paraissait ainsi dans ce moment-là, et à présent ça me paraît autrement. Tu ferais mieux de trouver un mari.
—Ça ne se peut pas, Germain, je vous l’ai dit; et comme ça ne se peut pas, je n’y pense pas.
—Mais enfin si ça se trouvait? Peut-être que si tu voulais me dire comment tu souhaiterais qu’il fût, je parviendrais à imaginer quelqu’un.
—Imaginer n’est pas trouver. Moi, je n’imagine rien puisque c’est inutile.
—Tu n’aurais pas l’idée de trouver un riche?
—Non, bien sûr, puisque je suis pauvre comme Job.
—Mais s’il était à son aise, ça ne te ferait pas de peine d’être bien logée, bien nourrie, bien vêtue et dans une famille de braves gens qui te permettrait d’assister ta mère?