L’heure de la messe arriva, et on se leva de table pour s’y rendre ensemble. Il fallait aller jusqu’à Mers, à une bonne demi-lieue de là, et Germain était si fatigué qu’il eût fort souhaité avoir le temps de faire un somme auparavant; mais il n’avait pas coutume de manquer la messe, et il se mit en route avec les autres.
Les chemins étaient couverts de monde, et la veuve marchait d’un air fier, escortée de ses trois prétendants, donnant le bras tantôt à l’un, tantôt à l’autre, se rengorgeant et portant haut la tête. Elle eût fort souhaité produire le quatrième aux yeux des passants; mais Germain trouva si ridicule d’être traîné ainsi de compagnie par un cotillon, à la vue de tout le monde, qu’il se tint à distance convenable, causant avec le père Léonard, et trouvant moyen de le distraire et de l’occuper assez pour qu’ils n’eussent point l’air de faire partie de la bande.
XIII
LE MAITRE
Lorsqu’ils atteignirent le village, la veuve s’arrêta pour les attendre. Elle voulait absolument faire son entrée avec tout son monde; mais Germain, lui refusant cette satisfaction, quitta le père Léonard, accosta plusieurs personnes de sa connaissance, et entra dans l’église par une autre porte. La veuve en eut du dépit.
Après la messe, elle se montra partout triomphante sur la pelouse où l’on dansait, et ouvrit la danse avec ses trois amoureux successivement. Germain la regarda faire, et trouva qu’elle dansait bien, mais avec affectation.
—Eh bien! lui dit Léonard en lui frappant sur l’épaule, vous ne faites donc pas danser ma fille? Vous êtes aussi par trop timide!
—Je ne danse plus depuis que j’ai perdu ma femme, répondit le laboureur.
—Eh bien! puisque vous en recherchez une autre, le deuil est fini dans le cœur comme sur l’habit.
—Ce n’est pas une raison, père Léonard; d’ailleurs je me trouve trop vieux, je n’aime plus la danse.