—Et très-blonde?

—Non, blanche avec des cheveux bruns, à ce que m'a dit Laurence.

—Oh! des cheveux! on les a de la couleur qu'on veut! Son prénom?

—Jeanne.

—C'est elle! veuve? sans enfants? assez riche? vingt-huit à trente ans?

—Oui, oui, oui! Laurence m'a dit tout cela.

—Eh bien, c'est elle, je vous jure que c'est elle! Et Laurence ne devine pas que l'amie de son inconnue est son inconnue elle-même qui se fait passer pour morte? Ce garçon-là sera toujours ingénu et modeste jusqu'à l'aveuglement! Oh! voilà qui change bien la situation, cher monsieur! Laurence est un homme d'imagination. Quand il saura la vérité, il aimera de nouveau ce qu'il a aimé dans des circonstances romanesques. Il aimera l'inconnue, il oubliera Impéria.

—Et ce sera mieux ainsi pour lui, pour elle, pour Impéria et pour vous tous.

—Oui, certes! Il faut avertir madame de Valdère que la feinte a duré assez longtemps et qu'elle doit se révéler à Laurence, parce qu'il y a péril en la demeure, parce qu'Impéria est de retour… Moi, je ne me suis fait encore annoncer nulle part. Les journaux de la province n'ont pas imprimé mon nom. Débarqué au Havre depuis deux jours, je voulais gagner Rouen sans donner de représentations durant le trajet. Je fais encore mieux, je passe inaperçu, je brûle Rouen, et je m'en vais travailler le plus loin possible. Vous ne direz pas notre rencontre à Laurence, vous ne parlerez pas de moi, il peut pendant quelques mois me croire encore au Canada… Faites qu'il épouse madame de Valdère dans quelques semaines, et tout est sauvé.

—Alors, il faudrait partir vite; il se peut que Laurence vienne me voir ici, où il vient souvent. Il peut nous apparaître d'un moment à l'autre. Que feriez-vous alors?